Encore Régis !

# Posté le dimanche 21 septembre 2008 06:50

Modifié le dimanche 21 septembre 2008 08:41

Chapitre 8: Gérard broie du noir

A mon retour, Lucille n'eut pas la réaction attendue. J'espérais qu'elle me saute au coup, qu'elle me réconforte pour me faire oublier ce moment difficile. Mais que nenni, elle fut attendrie par le numéro machiavélique de Toukif, si bien qu'elle décida de ne plus m'adresser la parole et d'aller roucouler avec ce bandit. Le professeur s'était fait un redoutable ennemi. Mon plan, c'était de lui refiler madame Surlot, la terrible professeur de sciences qui m'aimait, et de récupérer la sublime Lucille. Car Lucille, c'était quand même autre chose qu'Audrey, que j'avais quitté, las de ses grognements incompréhensibles. Mon plan était démoniaque. Il vrai que j'avais eu le bon professeur. Tous les copains m'avaient aidé. Malgré leur niveau scolaire tout aussi pitoyable que le mien, ils en avaient assez que Toukif leur raconte que Lucille avait été à la base du mouvement romantique, ou bien que Victor Hugo s'était contenté de voler à Lucille un manuscrit des Misérables et de le revendre en ayant pris soin d'enlever le nom de l'auteur et d'y apposer le sien.
Je préparais le coup tous les soirs, enfermé dans mes toilettes. Des fois, mon père voulait prendre la place, et hurlait, tapant rageusement contre la porte. Mais un coup comme celui-là, ça ne s'interrompait pas sous prétexte que quelqu'un avait une envie pressante. La dernière semaine de cours était le moment choisis pour opérer.
Je m'introduisais dans le laboratoire de sciences. Madame Surlot était là, comme toujours, à relire mes copies pleines de fautes et y dessiner des c½urs. Je vins lui parler clairement : entre nous, ça ne pouvait marcher. Pendant qu'elle fondait en larmes, me demandant des explications, Jean-Baptiste s'introduisit dans le même laboratoire et déposa une lettre, qui était une copie de la première lettre de Toukif à Lucille.
« Lucille Madame Surlot,
Je ne sais pas comment te dire combien je t'aime. Je ne dors plus, je ne mange plus, je ne vis plus sans penser à toi. Ma vie sans toi est un enfer, et tu y apporterais la lumière nécessaire pour éclairer enfin ma triste existante. Pendant tous les cours qui nous avons en commun, je ne te lâche pas du regard, attendant toujours que tu donnes la bonne réponse. Et tu ne me déçois jamais. L'autre jour, j'ai bien sentis que ton monologue s'adressait à moi. J'ai compris qu'il était temps pour moi de t'avouer ce que j'ai sur le c½ur. Je ne vois que toi, je ne veux que toi. Caresser tes beaux cheveux blonds d'une couleur bizarre, tenir enfin ta main, t'embrasser. Je sais que notre amour ferait parler. Nous n'avons pas le même âge, pas la même autorité, pas la même vie. Nous sommes de deux milieux différents. Je sais que ce n'est pas raisonnable. Mais peut-on raisonner un homme amoureux ?
Rejoins-moi vendredi à 15 heures, derrière le collège dans ma classe. Vivons enfin notre amour !

Signé Toukif, qui t'aime à la folie ».
C'était Bernard qui avait rectifié la lettre. Sauf que Bernard, il n'était pas très malin, et il qu'il avait fait plein de tâches, rayures et ratures, et que la simple idée de dessiner des c½urs lui avait donné une forte nausée. C'était un dur, Bernard !
Après avoir longuement parlé, je quittais le labo, après que Jean-Baptiste m'eut fait signe derrière la fenêtre que tout était bon. Je le rejoignais pour admirer mon travail. Madame Surlot, triste et seule, pleurait à chaudes larmes. Elle froissa mes contrôles, les déchira un par un. Mais au milieu des contrôles, elle vit cette lettre. Soudain son expression changea. Elle se mit à danser, à rêver. Nous riions aux éclats. Il suffisait d'attendre quelques jours pour la voir arriver dans la salle de Toukif. Evidement, les copains étaient cachés derrière la fenêtre. Quant à moi, j'arpentais les couloirs à la recherche de Lucille. Comme elle ne m'adressait plus la parole, il fut difficile de l'emmener devant la salle, dont la porte était ouverte. Mais je ne renonçai pas, et arrivai enfin à la faire passer devant cette satanée porte. Ce qu'elle vit l'horrifia : madame Surlot s'était jetée sur Toukif comme un rapace sur sa proie. Lucille hurla, frappa contre les murs, tapa du pied, et enfin vint pleurer dans mes bras. Toukif ne la retint même pas, trop occupé à parler sciences naturelles avec sa collègue...
Mais tout cela était trop beau : Castor avait vu tout le manège. Il m'espionnait, lui aussi, depuis qu'il était sorti de l'enclos des castors, au zoo. Il avoua tout à Lucille, qui folle de rage, me retourna une claque monumentale. Cette fois-ci, c'était vraiment terminé. Lucille ne serait plus jamais mon amie. Pris de rage, dans ma peine, je décidai de mettre fin à mes jours. Quitte à mourir, je voulais que ça soit à la station essence. Je me mettais une pompe dans la bouche, et commençai à ingurgiter de l'essence. Belle mort, pour un homme qui voulait devenir pompiste. Plus j'avalais, et plus je me disais que j'étais un raté. A quoi je pensais donc, pour rêver de Lucille ? Où avais-je la tête ? Elle était promise à une réussite inouïe, tout le monde l'aimait. Et moi, meneur d'une petite bande douteuse, j'étais promis à une carrière de pompiste. Pompiste dans une station d'essence..... Essence... essence... Plus j'avalais, et plus ce mot me revenais dans la tête...
C'est là que je vis apparaitre Jiminy Cricket, la conscience de Pinocchio. Il me parlait, d'abord en italien, puis en russe, pour finir en français :
« Ne gâche pas ta vie, mon ami. Tu es jeune, et ce n'est pas comme ça que tu deviendras un vrai petit garçon ! Vas, vis, et deviens pompiste, pour montrer au monde qui tu es ! Fais confiance à ta bonne étoile ! Et, pour information, Pinocchio passe au cinéma demain. Il reste peu de places, tu devrais te dépêcher... »
. Certes, cette vision était complètement tordue, mais elle me fit revenir à la réalité. J'arrêtais de boire de ce liquide poisseux et infâme, et malade, rampant, j'appelais à l'aide. Je me réveillais deux jours plus tard face à un grand plafond blanc.
Chapitre 8: Gérard broie du noir

# Posté le mercredi 25 juin 2008 05:46

Modifié le lundi 11 août 2008 09:18

Hors Série Numéro 1: Bon anniversaire, Gérard le pompiste

Hors Série  Numéro 1: Bon anniversaire, Gérard le pompiste
[Gérard a fêté ses 52 ans le 14 juillet. C'est une occasion pour lui de se remémorer un anniversaire! On vous gâte, hein?]


Le 14 juillet... Un jour que je n'oublierais jamais ! Ce fut le 14 juillet 1789 qu'eut lieu la prise de la Pastille, qui, comme tout le monde le sait est une confiserie de Grenoble... Mais surtout, le 14 juillet 1956, ce fut la naissance d'un petit enfant qui ne payait pas de mine. Le petit enfant, c'était moi. Et chaque année, j'attends cette date avec impatience. Personne ne m'offre de roses, moi, mais prendre un an me rend tout euphorique. Je me rappelle bien le jour de mes cinq ans. Toute la famille était venue pour admirer le grand garçon que je devenais. Maman avait décoré la maison de fond en comble. Il y avait des photos de moi entouré de petits c½urs et de la mention « 5 ans ». C'était mignon, personne n'a fait ça pour mes cinquante ans. A partir de midi, les invités commençaient à arriver. Il y avait tout d'abord quelques copains de l'école. Jean-Baptiste, Edouard, Gontran, Bernard, le bourrin breton. Il y avait même Audrey, ma copine à la mâchoire de travers, et Castor, le garçon qui ne grandit jamais, un peu comme Peter Pan, en moins brave. Bien sûr, toute la famille était venue. Mémé Simone, tata Bernadette, tonton Bernard, Pépé Gaston, Mémé Françoise, et mon tonton Henri. Tonton Henri, je l'aimais bien. Etonnement, il ne m'aimait pas beaucoup ! J'ai jamais compris pourquoi.
Mon père avait fait un gâteau au chocolat et aux framboises. Vu que les framboises étaient chères cette année là, il les avait remplacé par des poix chiches masqués dans de la confiture de fraise. Ce n'était pas mauvais, ma foi ! Hélas, je n'avais pas eu droit au champagne, alors que tous les adultes n'y avaient pas résisté. Pépé Gaston était complètement ivre, et c'était mis à raconter des histoires coquines, malgré les hurlements de ma mère. Qu'est-ce qu'on a rit ! J'étais décidé : quand je serais grand, je serais ivrogne ! Après que l'assistance ait emmené mon pépé cuver dans la chambre, ce fut la remise des cadeaux. Mes parents, ainsi que toute ma famille, m'avait offert un vélo tout neuf, et sans roulettes ! Mes amis m'avaient offert une casquette de pompiste, un cadeau que je chéris encore et qui trône sur ma cheminée. Seuls Jean-Baptiste et Castor avaient voulu faire à part, le premier m'offrant une cuillère en plastique, et le second une de ses crottes de nez fraîches de la veille, que je déclinais avec dégoût. Après une après-midi à jouer à cache-cache, nous allions à la fête de la ville. C'est là que tonton Henri me raconta que cette fête était en mon honneur, et que le soir, un feu d'artifice serait tiré pour célébrer ma naissance. Selon lui, la chanson « Il est né le divin enfant » avait été écrite juste avant ma naissance. Qu'est-ce que j'étais fier, à cette époque ! Quand j'appris la triste vérité, ce fut une longue période de dépression. Après le feu d'artifice, il fut temps aux amis de rentrer chez eux, et à la famille de repartir aussi, en prenant soin d'embarquer tout ce qui pouvait se manger avant de rentrer. Des anniversaires comme ça, c'était magique !


# Posté le mardi 15 juillet 2008 06:19

Modifié le lundi 11 août 2008 09:03