Gentil, poli,
Serviable, aimable, sociable
Si je suis méchant, frappez violement !
Si je suis vilain, privez-moi de pain ! ».
C'était insupportable, aux limites de l'éc½urant. Dans ma classe, je retrouvais tout ce beau monde. Même Lucille était là. On ne se demandait pas pourquoi madame Surlot et Toukif avaient été mutés dans ce lycée.
Dans cette classe, il y avait une seule inconnue. Son père voulait l'appeler Carole, sa mère Coralie. Ils ont tranchés en l'appelant Carolie. Elle était gentille Carolie, mais j'ai toujours soupçonné chez elle une sévère schizophrénie. C'était même plus que des soupçons : elle était schizophrène. Un temps, elle était habitée par une blonde déjantée chantant Chabadabada à longueur de temps. L'autre partie du temps, elle était habitée par une brune plus réservée. Quoi qu'il en soit, elle était marrante. Elle me rappelait un peu Alphonse, le côté psychopathe en moins.
Les journées au lycée étaient épuisantes, bien que j'étais absent la moitié du temps. L'autre moitié , j'occupais le bureau du surveillant. Je crois avoir copié plus d'un million de fois la phrase « Je ne ferais plus l'imbécile en cours ». J'avais pris le coup de main ! Le lycée, c'était pour moi une grande cour de jeu et d'amusement. J'avais décidé de battre le record de punitions en une année, car notre professeur de français nous avait dit que battre un record, ça faisait toujours bien sur un C.V. Je possédais la technique : j'emmenais la petite radio que l'on m'avait offerte pour Noël, je montais le son en plein cour, me trémoussant sur un rythme endiablé. Tout le monde m'applaudissait en cadence, et une fois, Lucille était même venue danser avec moi. Mais comme c'était en français, nous ne fumes pas renvoyer. Elle avait gâchée mon numéro ! A part lors de cet épisode, je ne passais pas plus de cinq minutes en salle de cours, quittant la pièce sous une salve d'applaudissements. Mais lors de mon tout premier renvoi, je ne fis pas le fier. On m'avait conduit dans une salle sombre, un peu comme un placard. Il n'y avait qu'un petit bureau, et des sortes de diplômes. Une fois franchie, la porte s'était violement refermée sur moi. Je me croyais seul, et riais de cette punition ridicule, l'enfermement dans un placard, quand j'entendis des pas lourds. Il y avait un couloir étroit qui menait à cette salle. Au bout, quelqu'un approchait. Je riais moins, d'un coup. Qu'allait-il m'arriver ? Je reculais, et tapais pour ouvrir cette satanée porte et m'échapper, mais elle restait fermée. Soudain, je vis arriver dans la pièce un homme, enroulé dans une cape noire.
« -Qui êtes-vous ? bégayais-je faiblement
-Je suis.... Molaire
-Noooooonnnn »
J'hurlais de terreur. Molaire, c'était le pire surveillant que le monde libre eut connu. Un jour, Albert l'avait croisé, et depuis, on n'a plus jamais entendu parler de lui. Le bruit circulait qu'il avait été transformé en fantôme, punit à tirer un coffre de pirate. Je tremblais, je criais, j'hurlais, mais personne ne m'entendait. J'attrapais des dès posés sur le bureau et lui les jetaient à la figure. Hélàs, ce n'était pas des dès piégés et il les attrapa sans difficulté. Mais il s'était approché, et je me rendis compte qu'il ne portait pas une cape mais un très long manteau. Ce n'était pas non plus une gorgonne, comme j'avais cru. Mais peu importe, c'était un monstre. Ce que je prenais pour des diplômes étaient en réalité des bulletins de colle, qu'il avait soigneusement encadrés au dessus de son bureau. Je frissonnais. A côté de lui, Cortez, le terrible conquistador, était un petit un chanteur à la croix de bois.
« Je suis ... Molaire, le surveillant du lycée Léonard Yves Conrad Edmund d'Effradas. Et voici mon apprenti, monsieur Unservopouruite » dit-il en montrant un grand imbécile qui se cachait sous le manteau de son maitre. Il sortit alors de la pièce, me laissant seul avec l'apprenti. J'ai dégusté, mais cela ne m'a pas découragé. J'avais juré de battre un record, je tiendrais ma promesse.

