Nous devions financer la guerre contre l'école d'en face. Le roi Gilbert, leur souverain, était mon pire ennemi, et l'heure était venue pour moi de conquérir son royaume. Bien sûr, avec Jean-Baptiste, nous restions en retrait, confortablement installés sur des petits qui nous servaient de chevaux. J'avais rappelé Bernard, mon copain breton bourrin de la maison de redressement. Quel brave général ! Avec nos billes, nous avions pu embaucher les meilleurs mercenaires de toute la région. Nous étions enfin prêts à en découdre. Notre première ligne était formée de grands musclés, armés de branches ramassées par-ci par-là, notre deuxième ligne de lance-pierres. Des tireurs d'élite, qui ne rataient jamais leur cible. Le combat fut sanglant, mais notre tactique marcha à la perfection. Rapidement, le roi Gilbert se retrouva esseulé. Et le duel arriva. Affronte ton destin, Gérard ! Je dégainai le balai qui me servait d'épée, il m'imita. Nous nous tournions autour, il me fixait de ses petits yeux cruels et vicieux. Soudain, le premier coup parti.
« Gilbert, crève en enfer ! » Hurlais-je. Il porta un coup sur ma casserole qui faisait office de casque, mais je le désarmai et le mettais à terre. Les copains hurlaient « Gérard, le roi des épinards », car j'étais aussi fort que Popeye. Mon royaume s'agrandissait. J'étais tout puissant.
Et une fois arrivé au collège, j'espérais augmenter un peu plus mon pouvoir.
