Ma vie commença le 14 juillet 1956. Quand j'étais petit, j'étais persuadé que les feux d'artifices étaient en mon honneur. Mon père fut un brillant pompier, ma mère le dentiste le plus réputé dans tout Issy-les-Moulineaux. Nous ne roulions pas sur l'or, loin de là, mais nous n'étions pas pauvres non plus. Juste ce qu'il fallait. Ma mère était dure avec moi. Elle voulait que je travaille le plus possible, pour un jour que je devienne dentiste, comme elle. Mon père ne partageait pas cette idée ; il voulait que je sois pompier comme lui, mais maman trouvait cela trop dangereux. Ils se disputaient sans cesse sur mon devenir et l'éducation à me faire suivre. A six ans, pour les contenter tous les deux, je choisis de devenir pompiste. Mon avenir paraissait tout tracé.
Je ne fus jamais doué à l'école. Mon maître d'école, monsieur Delapierre, me répétait sans cesse : « Gérard, tu es bon à rien ! ». Les mathématiques, le français, et l'histoire de Marie-Antoinette me passaient par-dessus la tête. Forte tête à l'école, je fus même le chef de la bande des peaux-rouges ! Robin des Bois, je volais les billes des CP pour les donner aux CM2, car c'était moins risqué. J'étais plus rapide que l'éclair. Bernard était un bourrin, il tapait d'abord les nabots, puis les volait. C'est pour ça qu'il partit en maison de redressement. Moi, j'étais plus fin. Une bille, par-ci, une autre par-là, voila comment j'amassais assez de billes pour éviter les coups de poings des grands pendant au moins un mois ! Gégé la malice qu'ils m'appelaient. J'étais un modèle pour tous. Alors, quand je suis passé au CM2, j'entendais faire régner ma loi. Pour fêter notre premier jour dans la grande classe, nous avions pendu par les pieds tous les petits, aux branches d'un arbre. Qu'est-ce que nous avions ri !
« Petit saligot ! Pour qui te prends-tu ? Crois-tu que c'est ainsi que tu deviendras pompiste? »
Ma mère rit beaucoup moins. J'en pris plein la poire. J'ai échappé à l'école militaire de peu, ce qui freina mon élan quelques jours. Cependant, je subis pendant toute ma scolarité la tyrannie des grands! Pourquoi ne m'amuserais-je pas moi aussi ? Avec les copains, nous étions bien décidés à semer la terreur. C'est ainsi que je devins Gérard 1er, roi de la cour de récré.
